DE PLUS EN PLUS MOINS EN MOINS


Le ruban est coupé, le champagne est versé, baptisé « néo-libérale » le bateau est parti, le voyage commence.
C'est un voyage philosophique, une chasse au trésor, et que le meilleur gagne? Et les autres? Ils n'ont qu'à travailler plus, peu importe si c'est pour produire des objets inutiles ou qui s'autodétruiront trois mois après l'expiration de la garantie, peu importe les conditions de ce travail. Après tout « Le travail rend libre » n'est-ce- pas ? Il faut faire tourner l'économie, il faut produire de la richesse.
Est ce que c'est la richesse, un téléviseur toujours plus plat et toujours plus large dans chaque appartement, cage à poule, le loyer inaccessible même avec un revenu moyen?
La logique du marché c'est-à-dire du profit, du bénéfice, le maximum au plus vite, c'est inscrit au niveau structural de notre façon d'être et de vivre ensemble. Cela est diffus dans la langue, la pensée même.
On ne consomme plus les simples objets, ces objets font partie d'un tout, une façon de voir le monde et une façon de concevoir le futur.
Finalement les objets sont sans importance, ce qu'on achète est une marque, un emballage, un concept mais c'est surtout qu'il faut continuer d'acheter, de consommer sans réfléchir.
La richesse au sens économique du terme n'est pas quelque chose d'illimité, quand certains possèdent beaucoup, d'autres ont très peu.
Quand il y a une concentration de ces richesses à un endroit c'est aussi la pauvreté qui se répand.

DE PLUS EN PLUS DE MOINS EN MOINS titre de l'exposition, sonne comme une alarme. Inscrit sur un mur de cartons vides qui remplie l'arche centrale du hall d'entrée, il est complètement intégré à l'architecture de cette mairie. Le carton est une matière très évocatrice, dans le contexte de cette exposition, l'ironie de sa double vie est pointée du doigt, la première comme emballage pour notre société de consommation et la deuxième comme abri et isolant pour les exclus de cette même société.
Dans les rues, ils errent des glaçons qu'on appelle des SDF, ces glaçons sont un baromètre de l'état de santé de notre société. Notre société prend un coup de froid et ces glaçons sont en train de devenir un iceberg.

STREET LEVEL INDUSTRIES

Libération du mercredi 17 janvier 2007 - Culture
"La censure évitée à la mairie du IIe"

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